samedi 15 octobre 2016

Lettre ouverte à une dame en colère

Madame,

Étant polie, je tairai votre nom, mais vous vous reconnaîtrez aisément puisque vous avez comme moi assisté à la Journée d'études "Ne pas avoir d'enfant: Mythes, Réalités, Questionnements" qui s'est tenue hier à Liège.
Parmi les invitées, la docteure en sociologie Charlotte Debest qui fut l'une des premières en Europe francophone à se pencher sur l'infertilité volontaire (cf. sa thèse "Le choix d’une vie sans enfant : des individus confrontés aux normes sociales et de genre", 2012, publiée en 2014 aux Presses Universitaires de Rennes).

Après sa passionnante intervention, quelle ne fut pas ma surprise (et celle, à n'en pas douter, de nombreuses autres personnes présentes) quand vous lui avez reproché un procès d'intention parce qu'elle n'a interrogé pour sa thèse que des... non-parents.
Et moi de me demander si, pour votre propre thèse, vous aviez pensé à aborder la question de la migration des sauterelles en Asie du Sud-Est.
C'eut été hors sujet ? Ben voilà !

Non contente de cette remarquable sortie en fin de matinée, il vous a fallu une nouvelle fois marquer votre désaccord avec la sociologue en lui reprochant en cours d'après-midi (alors que son intervention était terminée depuis plusieurs heures déjà) une offense au mères de familles qui – parce que vous n'avez de toute évidence rien compris aux propos tenus et que vous teniez visiblement à ce que tout le monde le sache – seraient moins libres que les autres. C'est ici, chère madame, que je me permets un conseil d'amie : pensez donc à vous laver les oreilles de temps en temps puisqu'à aucun moment cela n'a été ne serait-ce que sous-entendu.
Par ailleurs, apprenez qu'il est extrêmement grossier de quitter une salle en pianotant sur son téléphone alors que quelqu'un, avec calme et bienveillance, est en train de répondre à une question que vous avez posée.

Ce comportement qui fut le vôtre hier m'aura hélas confortée dans l'idée que certain/es de mes aîné/es sont tellement terrifié/es à l'idée de céder leur place que la grossièreté et la condescendance ordinaires leurs semblent plus pertinentes que l'écoute et l'échange.

Heureusement qu'en début de soirée, et dans un autre lieu, Dr. Catherine Markstein m'a apporté la preuve que les femmes de votre génération ne sont pas toutes de vieilles dames en colère, bien au contraire, et c'est finalement cela que j'ai envie de retenir de cette journée.

Fond sonore : Bob Dylan, "The Times They Are A Changin'".

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